• Harmonies poétiques et religieuses

    Ce qu'en dit François-Frédéric Guy, pianiste :

    Voilà l'exemple même d'un recueil de dix chef d'œuvres, contemporain de la Sonate et des Années de pèlerinage, et qui est dans son ensemble beaucoup trop méconnu. Deux pièces de vastes dimensions, "Bénédiction de Dieu dans la Solitude" et les célèbres "Funérailles", ont certes acquis une certaine importance dans le répertoire. Mais des musicologues peu avertis qui prétendent porter un jugement définitif sur toute chose ont choisi de sabrer les pièces du cycle de moindre envergure mais qui pourtant sont d'une nécessité absolue car elles sont les traits d'union indispensables entre ces grandes formes. On lit différentes absurdités sur ces pièces ; un lyrisme de pacotille pour la première pièce Invocation, un angélisme doucereux pour les pièces d'inspiration religieuses... Et puis la poésie de Lamartine qui sert de support à ce cycle possède une intonation particulière qui peut rebuter. Pourtant l'ensemble du cycle, pour hétérogène qu'il soit, est un voyage poétique inoubliable. Toute la magie et la création lisztiennes y trouvent leur place. Tout d'abord les grandes fresques visionnaires et hardies comme" Bénédiction", "Pensées des Morts" et "Funérailles", toutes trois d'une modernité et d'une poésie insurpassable ; la première poussant les harmonies jusqu'au pentatonisme et comportant des phrases que Wagner reprendra à son compte note pour note ; la seconde dont la hardiesse de la forme et des atmosphères laisse sans voix, et les "Funérailles" reprenant également le principe du flashback et faisant exploser les dynamiques du piano.

    Il faut aussi se souvenir de la poésie dépressive de l'"Andante lagrimoso", dans l'esprit d'un grand nocturne, l'admirable "Hymne de l'enfant au réveil" qui rappelle les célèbres Consolations, et le "Cantique d'amour" qui clôture le cycle et mêle le style lyrique et grandiose de l'"Invocation" initiale et la méditation des "Sonnets de Pétrarque".

    Les pièces essentiellement religieuses comme l'"Ave Maria", le "Pater noster" et le "Miserere d'après Palestrina" rappellent quant à elles la place de la religion dans le cœur de Liszt, dont il transpose les valeurs directement en musique et qui contribuent à créer ce climat contemplatif et spirituel si spécifique au cycle des Harmonies Poétiques et Religieuses.

     

    Sources :

    Pianobleu.com
    François-Frédéric Guy, pianiste

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